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STRETCH : Entretien avec Charles de Meaux
Stretch
Stretch JEUX CONCOURS
Stretch bande annonce
Stretch extrait 1
Stretch extrait 2
Stretch extrait 3
Synopsis stretch
Entretien avec Charles de Meaux
Nicolas cazalé / Christophe
Fan Bing Bing / Pansy
David Carradine / Monteiro
Nicolas Duvauchelle / Thierry
Charles de Meaux : Cinéaste et producteur
Douglas Coupland : Co-Scénariste
Devendra Banhart : Musique
Fiche artistique
Fiche technique
Je voulais raconter l’histoire d’un destin, et c’est donc un thème
classique au cinéma. Le titre contient toute cette proposition :
le «stretch», dans les courses de chevaux, c’est la ligne d’arrivée,
qui s’étend au fur et à mesure qu’on est dedans. Elle s’étire, devient
de plus en plus longue, paraît interminable, quand bien même elle
mène à un point final. C’est aussi la métaphore de la distorsion de
l’identité de ce personnage.
Le départ, c’est un jeune jockey sur
le point de réussir dans une vie très organisée, à Maisons-Laffitte.
Et l’arrivée, c’est jouer sa vie, son destin, en Asie dans le Macao
interlope des casinos, après avoir parcouru toute la distance qui
sépare ces deux points.

L’univers des jockeys est un milieu qui a très peu été traité
par le cinéma français…
Je suis monté en course et j’ai connu toutes les difficultés de ce
milieu. Contraindre son corps, supporter quotidiennement la
pression, je sais ce que c’est, et il y a donc certainement une part
d’autobiographie, ça a été ma vie tous les matins pendant des années.
Mais ce n’est surtout pas un film sur l’anecdote de ma petite vie
de jockey.
Ce qui me plaisait dans le milieu des courses (en dehors du fait
qu’un cheval, c’est très beau et une course, c’est très cinématographique),
c’est qu’il y a plusieurs strates de récit possibles.
La première strate, c’est évidemment cet univers complexe et riche
de fantasmes. Il suffit de dire «courses de chevaux» pour imaginer
toutes sortes de choses proches du film policier, une exploration
des soubassements de la société. L’autre aspect qui me touche
beaucoup, c’est le sport. C’est un sport «humble». On peut être le
meilleur jockey du monde, à l’arrivée c’est le cheval qui gagne la
course. Ce qui m’intéresse dans ce sport, c’est qu’il n’y a pas de
faux semblants, on ne peut pas se cacher derrière un discours.
Il
y a cette immédiateté : on gagne ou on ne gagne pas, on est sur le
cheval ou pas. Il y a un rapport immédiat aux choses. C’est ce qui
m’avait frappé quand j’avais rencontré des jockeys (comme Christophe
Soumillon, Éric Saint-Martin ou Cédric Segeon qui joue dans lefilm) qui avaient décidé de tenter l’aventure en Asie. Ils ne parlent
pas un mot d’anglais au départ, ils ne sont jamais sortis de chez
eux, ont toujours été bordés par l’entraîneur et, tout à coup, ils
sont précipités à Macao, Hong Kong, Singapour, et s’en sortent
avec une espèce d’innocence et d’énergie très fortes.
L’ami, incarné par Nicolas Duvauchelle, dit de l’histoire de
Christophe que c’est juste celle d’un «gamin qui voulait être
une star». C’est une définition du personnage qui convient,
et suffit ?
Oui, c’est juste l’histoire d’un jeune homme qui veut en découdre,
arriver. Il est ambitieux, avec peut-être la naïveté qui va avec, mais
ce n’est pas un benêt non plus. Pris dans la nasse du mauvais sort,
il se retrouve d’un coup éjecté dans un monde étrange, trop grand,
pervers. Au début du film, on est complètement avec lui, dans la
maîtrise de certains codes. Arrivé à Macao, le récit devient plus
proche des hésitations et de la solitude du personnage, pour
découvrir avec lui ce sentiment angoissant d’être manipulé.
Puisqu’on en est à parler de codes et de distorsion, cela
vaut également pour l’appréhension de la mafia asiatique
du jeu. On est loin de la vision des cinéastes de Hong Kong,
par exemple.
Le sujet même de ces cinéastes, c’est de mettre en scène, en chorégraphie,
la violence.
Or à Macao, on ne voit pas des gens courir dans la rue et tirer
au pistolet toute la journée.
Ce qui m’intéressait, c’est cette violence
qu’on ne voit jamais, qui est diffuse, oppressante… perverse. Restent
juste les traces d’un film policier, les traces de ces actions violentes.
À quel point était-il compliqué de filmer dans les hippodromes
?
Il existe dans le milieu des courses une peur de ce que tout cet
univers génère de fiction. On ne laisse donc que très rarement une
caméra rentrer sur un hippodrome, voire même jamais. En
travaillant de façon très immergée dans le milieu, on a obtenu
de filmer à Longchamp de vraies courses, ce qui reste assez
exceptionnel.
Les acteurs étaient au milieu du rond de présentation
avec les jockeys, entourés par les parieurs.
Pour Macao, ça a été un travail de longue haleine. Cela fait presque
huit ans que je vais à Macao, au moins un mois par an. Je connais
beaucoup de monde là-bas… Même nos producteurs chinois de
Hong Kong pensaient que je n’arriverais pas à tourner en dehors des trois endroits touristiques et a fortiori au Macau Jockey Club.
Cet hippodrome est bien entendu tenu par les gens qui ont la main
sur le monde du jeu, et c’est tout sauf un endroit rassurant.
Le film est structuré en deux parties. De la France à Macao,
les modes de tournage étaient-ils très différents ?
La structure ici, c’est un peu comme si on rencontrait quelqu’un
et qu’on imaginait tout son potentiel. Ou alors comme être devant
la télévision à deux heures du matin. On regarde un documentaire
sur des jockeys et on finit par se fixer sur un jockey en particulier,
imaginer sa vie, ses problèmes, sa façon d’être.
En France, je tourne chez moi, avec mes réflexes, au milieu de
gens et de choses que je connais. À Macao, au contraire, il y a ce
désir de trouver la bonne distance et de la respecter, de ne pas
sur-jouer une empathie qui n’existerait pas.
Tout le film repose sur la question de la distance. Comment
appréhender un endroit qui n’est pas le sien, comment se débattre
dans les filets d’un monde où les règles ne sont pas les mêmes que
celles qu’on imagine, comment se débattre aussi dans la relation
amoureuse à la fois distante et passionnée avec le personnage
féminin. La façon de filmer, la mise en scène suivent alors le récit.
Je suis confronté, voire collé, à cela, les mêmes interrogations, les
mêmes problèmes de rapport.
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